L’argumentaire en faveur du financement des projets de développement des organisations membres (OM) de la FGC en Amérique latine et aux Caraïbes a été présenté aux collectivités publiques partenaires de la Fédération le 23 septembre 2025. Au cours de la rencontre annuelle de 2025, un parcours à travers quatre pôles thématiques a permis aux participant·e·s de découvrir de nombreux projets soutenus par des OM dans cette région.
Le financement des projets en Amérique latine et aux Caraïbes, point focal de la Conférence annuelle 2025
Plus de 100 personnes ont participé à la Conférence annuelle 2025 des collectivités publiques partenaires de la FGC, le 23 septembre 2025, à l’Espace Lumen. La manifestation s’est déroulée dans un contexte particulier, rappelé en introduction par Dominique Rossier, présidente de la FGC: «Nous assistons, en Suisse et dans les pays de l’OCDE, à une diminution drastique des budgets de la coopération et surtout à une remise en question de ses résultats, de son efficacité et même de sa raison d’être. En Suisse, l’Amérique Latine et les Caraïbes sont particulièrement impactés, en raison du retrait des financements au niveau fédéral». En effet, dans la Stratégie de coopération internationale fédérale 2025-2028, les fonds de la coopération internationale sont réorientés vers l’Afrique, l’Asie et l’Europe de l’Est au détriment du financement de projets de développement en Amérique latine et aux Caraïbes.
Sur la base d’un argumentaire présenté lors d’une table ronde, puis au cours d’un atelier participatif et réflexif permettant de découvrir des projets, la FGC et ses OM ont plaidé pour la poursuite des activités dans cette partie du monde et demandé de conserver une flexibilité dans l’attribution des fonds consacrés aux différents projets et programmes. «Nous sommes en effet convaincus que les organisations membre de la FGC ont une expertise unique et une longue expérience en Amérique latine et dans les Caraïbes, où elles bénéficient de partenariats solides et efficaces, patiemment et durablement construits, que leurs projets répondent aux besoins des populations les plus vulnérables, qu’elles s’assurent de l’impact et de la pérennité des projets», a expliqué Dominique Rossier.
En 2024, 52 projets et 2 plans d’action soutenus par 20 OM ont été financés dans douze pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Ceci pour un montant de plus de 4,8 millions de francs, ce qui représente 36% des projets financés cette année-là.
Contribution des projets
La présentation de l’argumentaire - fruit d’un travail commun de plusieurs OM actives en Amérique latine - a rassemblé Aurélien Stoll, secrétaire général du MCI, Marie Claire Peytrignet, chargée de programme Brésil et Bolivie pour E-CHANGER et Aline Helg, historienne de l’Amérique latine et professeure honoraire à l’Université de Genève, en tant que discutante.
Marie Claire Peytrignet et Aurélien Stoll ont mis l’accent sur des chiffres clés démontrant la persistance des inégalités et de la précarité dans la région, ainsi que le soutien apporté par les projets dans plusieurs domaines contribuant à l’atteinte des Objectifs de développement durable.
En voici quelques exemples liés aux thèmes et projets présentés lors de l’atelier réflexif et participatif qui a suivi la table ronde:
> Lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire (ODD 1, 2, 6 et 8): actuellement, 172 millions de personnes vivent sous le seuil de la pauvreté (27% de la population) et 66 millions dans l’extrême pauvreté (11% de la population).
Les projets des OM de la FGC - notamment ceux d'Ecohumanita, de la section genevoise d’Helvetas, de Kallpa Genève et de Madre Tierra Suisse - contribuent à:
- promouvoir la formation professionnelle et le développement économique;
- développer les compétences professionnelles pour l’entrepreneuriat;
- soutenir l’agriculture durable;
- contribuer à l’accès à l’eau potable.
> Paix, justice et institutions efficaces (ODD 10 et 16) : cette région est celle avec le plus haut taux d'homicides au monde (30% des homicides globaux), un taux de corruption élevé et une grande instabilité politique.
Les projets des OM de la FGC - notamment ceux d'E-CHANGER, d'Eirene, d'emp’ACT et de Solidar Suisse Genève - contribuent à:
- soutenir les organisations de la société civile;
- protéger les populations vulnérables et prévenir les violences.
> Préservation de la biodiversité et lutte contre les changements climatiques (ODD 13, 14, 15) : la région rassemble 40% de la biodiversité mondiale et 60% des forêts tropicales de la planète ; 17% de la forêt amazonienne a disparu au cours des 50 dernières années.
Les projets des OM de la FGC - notamment ceux de la CSSR, de EFI, du MCI et d'urbaMonde - contribuent à:
- valoriser les connaissances des peuples autochtones et soutenir la reconnaissance de leurs terres;
- appuyer les programmes de reforestation;
- atténuer les conséquences du changement climatique.
> Préservation des cultures, des traditions et éducation interculturelle (ODD16): 58 millions de personnes s’auto-identifient comme autochtones en Amérique latine et aux Caraïbes, 826 peuples autochtones sont recensés et 135 millions de personnes s’identifient comme afrodescendant·e·s.
Les projets des OM de la FGC - notamment ceux d'Enfants du Monde, de Terre des Hommes Suisse et de Traditions pour Demain - contribuent à:
- revaloriser leur patrimoine culturel;
- promouvoir une éducation interculturelle et un enseignement bilingue;
- permettent une intégration transversale du genre dans les différents projets.
Région la plus inégalitaire au monde
De son côté, Aline Helg a souligné que «certes, l’Amérique latine montre des signes de sortie du «sous-développement» au niveau macro-économique, mais ces signes sont fragiles et trompeurs: ils cachent le fait que cette région reste depuis des décennies la plus inégalitaire au monde et qu’elle abrite toujours des millions de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté, à un niveau de privation si grave que leur survie et leur dignité humaine sont menacées, en particulier parmi les femmes, les populations rurales, autochtones et afrodescendantes».
Les indicateurs présentés montrent une concentration extrême des richesses: 1% de la population détient plus de 40% de la richesse totale, tandis que la moitié la plus pauvre n’en possède que 1%. Ces inégalités, héritées de la colonisation, se reproduisent depuis plus de cinq siècles et sont renforcées par des systèmes fiscaux régressifs, une protection sociale limitée et un secteur informel très étendu (lire son intervention en intégralité ci-dessous).
En conclusion
À l’issue de la Conférence, plusieurs collectivités publiques partenaires, en particulier le canton de Genève et la Ville de Genève, ont assuré la FGC de leur soutien quant à la poursuite du financement des projets en Amérique latine et aux Caraïbes.